La petite fille aux allumettes - conteDans une chambre de bonne au dernier étage d'une maison noble, vivait une petite fille appelée Phenora. Les toiles d'araignées tapissaient les coins les plus sombres de sa mansarde déjà mal éclairée. Une simple bougie posée dans les restes d'une vieille tasse servait parfois de lampe dans cette pièce où l'on destinait les vieux objets, les vêtements inutilisés et toutes les autres choses qui sont habituellement entreposées dans un débarras. La petite fille dormait paisiblement dans ses guenilles, elle n'avait pas le droit d'utiliser les habits rangés dans les caisses, elle n'avait pas l'autorisation d'ouvrir l'armoire, elle ne pouvait que dormir ici, dormir et se laisser aller à rêver… Elle était recroquevillée sur elle-même pour pouvoir se réchauffer et dormait paisiblement quand la clochette sonna. Il était temps de se lever, de s'habiller et de servir... Phenora était la fille adoptive de la famille Talivero mais ce n'était pas un enfant qu'ils désiraient, c'était tout bonnement une esclave, que leur richesse permettait d'acheter à l'abri des regards indiscrets. Cela faisait trois ans qu'elle était chez eux, elle devait fêter ses 12 ans ce jour là, mais personne n'était présent pour le lui souhaiter et elle ne comptait pas sur ses « parents » pour le faire. La cloche sonnait pour la seconde fois, il fallait de se hâter. Elle descendit aussi vite que possible et s'arrêta net, le dos gardé bien droit, face à la sévère intendante. Comme on peut l'imaginer, cette dernière possédait une fine trique qui ne servait pas à donner de caresses... Phenora savait qu'il fallait obéir et recevoir les trois coups matinaux sur les fesses, qui servaient, selon sa « mère », à vivifier le sang pour bien commencer la journée. Après toutes ces années passées ici, elle se faisait une raison sur son sort mais elle continuait, cependant, d'espérer un avenir plus radieux. Avant la mort de ses parents, elle était une jolie petite fille aux joues rondes, constamment le sourire aux lèvres, pleine de vie et courant dans tous les sens. Elle aimait danser dans sa robe de soie et était la plus gentille des petites filles de son âge. Après ces trois années passées chez les Talivero, son visage émacié, sa peau blanche, contrastaient avec sa longue chevelure noire qui lui tombait sur ses yeux bleus qui ne brillaient plus de joie, mais de larmes. Le jour de son anniversaire, elle devait faire des courses pour le repas du soir et apporter un paquet important au notaire des Talivero. Le cabinet de ce dernier se trouvait loin de la maison familiale et la nuit commençait à tomber pendant qu'elle s'y rendait. Il pleuvait, la pluie était terriblement forte. Par mégarde mais surtout par la cause d'un fou du volant ayant failli la renverser en roulant à tout allure avec sa voiture, elle fît tomber le paquet dans le caniveau et ce dernier fut emporté par le courant, dans les égouts. Phenora ne pouvait plus rentrer sans avoir accompli sa mission. Elle voulut passer par la bouche d'égout pour récupérer le paquet mais elle était trop grande. Elle était trempée, triste et apeurée. Elle alla s'abriter sous un porche non loin d'ici en regardant le trou qui avait avalé le paquet du notaire des Talivero et qui entraînait d'autres objets sans importance pour elle. Elle grelottait lorsqu'elle entendit du bruit provenir d'une poubelle renversée. Elle s'approcha et se rendit compte qu'il y avait quelque chose de vivant à l'intérieur d'un des sacs. Elle l'ouvrit tout de suite en craignant le pire, elle voulait secourir ce qui s'agitait là-dedans. Il s'agissait d'un petit chiot, un bâtard croisé Labrador et Pékinois. Il ressemblait beaucoup à son animal domestique, celui qu'elle avait avant, lorsque ses parents étaient encore vivants… Mais elle l'avait perdu en même temps qu'eux, séparés après le drame. Celui-ci avait l'air encore plus pauvre et désemparé que Phenora. Il était seul, abandonné, destiné à la mort. Phenora ne pensait plus à son colis et le prit immédiatement dans ses bras pour le caresser et le réchauffer. Etrangement, provoquant l'étonnement de la petite fille, il se mit à parler et lui dit : « Merci de m'avoir sauvé, j'ai faim. ». Elle était surprise mais elle lui donna un morceau de viande qu'elle avait acheté au marché. « Merci gentille demoiselle » répondit le chien, puis il se changea en un nuage de poussières qui laissa place à une boite d'allumettes. Elle la prit dans ses menottes et l'ouvrit par curiosité. Il y avait trois allumettes à l'intérieur, ainsi qu'un message écrit au fond de la boite. Il disait : « Allume-moi et j'exaucerai un de tes vœux ». Mais Phenora ne savait lire que quelques mots et ne comprit pas vraiment ce qui était inscrit. Elle retourna sous le porche, craqua l'allumette, mit le feu à un journal et rapprocha ses mains. Elle put se réchauffer un peu jusqu'à ce qu'une bourrasque éteignit le feu. Elle avait de nouveau froid et décida de rentrer à la maison quand la pluie redoubla d'intensité. Phenora se résigna à ne pas rentrer tout de suite chez les Talivero et se dit qu'elle n'avait plus qu'à craquer l'avant dernière allumette pour ne plus avoir si froid. Elle prépara un tas de journaux secs trouvés au fond de la poubelle et l'alluma dans un coin plus à l'abris du vent. Au moment de craquer l'allumette, elle se dit à haute voix « Comme j'aimerais me trouver dans un endroit chaud et sec » et instantanément, elle aperçut une lumière clignoter à quelques rues d'ici, elle était éblouissante et la dirigeait vers un endroit chaud et sec, l'hôpital de la ville. Elle imagina alors que les allumettes exauçaient ses souhaits. Elle porta la boite à son cœur et marcha dans les couloirs en tenant son panier dans l'autre main. Elle rêvait et imaginait ce qu'elle pouvait demander, ce qu'elle pourrait obtenir avec ce dernier vœu. Son rêve le plus cher était que ses parents soient toujours présents pour elle, qu'ils ne soient pas morts et qu'ils puissent la protéger des gens méchants telle que l'intendante. Elle continuait d'avancer quand elle vit un petit garçon qui n'avait que la peau sur les os. Elle lui donna un bout de pain en lui souriant et son sourire le fît sourire lui aussi. Elle poursuivit sa route dans le couloir quand elle s'arrêta face à une porte où elle entendait des pleurs. Elle entra. Un homme pleurait, serrant fort dans ses bras une jeune femme allongée dans le lit. Elle aussi pleurait, ils étaient effondrés. Phenora s'approcha d'eux et leur demanda ce qui les mettait dans un état pareil. L'homme balbutia quelques mots incompréhensibles et la femme en fît de même. La gentille petite fille retourna sur le pas de la porte et tomba nez à nez avec l'enfant auquel elle avait donné le bout de pain. C'est lui qui répondit, il était les oreilles de cet hôpital. Ce couple, car il s'agissait d'un couple, avait perdu leur enfant à la naissance, il était né prématuré et les médecins n'avaient pas été capables de le maintenir au chaud, il était littéralement mort de froid malgré les soins qui lui avaient été apportés. Phenora hésita un instant puis s'approcha du couple, n'écoutant que son grand cœur, elle craqua la dernière allumette. Non pour elle, mais pour ce couple désespéré. Elle regretta d'avoir usé la première allumette pour rien mais fût heureuse de voir les médecins rentrer dans la chambre en criant au miracle. L'enfant était vivant, les parents pleurèrent une nouvelle fois, mais cette fois, c'était de joie. Dés que la pluie eue cessé, Phénora rentra jusqu'à chez elle. Arrivée devant la porte, elle sentit que quelque chose était différent, agréablement différent. Elle était de retour chez elle, ses parents étaient là, son père devant la cheminée et sa mère à la cuisine, en train de préparer son gâteau d'anniversaire. Elle alla vite à la cuisine prendre sa mère dans ses bras et l'embrassa. Sa mère la souleva du sol pour l'enlacer dans les airs et c'est à ce moment que Phenora se vit dans le miroir, dans les bras de sa mère. Elle avait retrouvé son joli minois et ses joues roses, elle était ravissante. Ce soir là, elle s'endormit dans un lit confortable et bien chaud. Un petit chien vînt la voir durant son sommeil pour la remercier, lui dire à quel point sa gentillesse l'avait enchanté et qu'elle méritait bien ce quatrième souhait. On n'est pas sûr de ce qui est advenu de la famille Talivero ce jour là, mais il paraîtrait qu'ils sont morts d'une façon inexplicable, sans doute happés par une bouche d'égout, mais plus probablement disparus dans l'oublie. La moralité de cette histoire est que la gentillesse paye toujours et que donner du bonheur aux autres nous apporte également de la joie. Il en va de même pour la cruauté qui sera toujours châtiée un jour ou l'autre, même si ce n'est pas par un petit chiot… |
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